Résumé : Le Paris de Prévert est à la fois la ville où le poète a vécu et celle qui apparaît à maintes reprises et sous différentes formes dans son oeuvre. Né à Neuilly, le petit Jacques a poussé telle une plante sauvage sur le terreau parisien, vers la gare de Lyon puis rue de Vaugirard, rue Férou, rue de Tournon, rue du Vieux-Colombier... au gré des (nombreux) déménagements familiaux. Pour l'enfant, Paris se transforme en livre ouvert. Aux jeunes années succède le nomadisme de la fleur de l'âge. Durant cette période, Prévert fait notamment ses classes auprès des surréalistes et fréquente la librairie d'Adrienne Monnier avant de prendre son envol créatif. Ce sera rue du Château, dans le 14e, puis à Saint-Germain-des-Prés et à Montmartre, quand Prévert élira domicile cité Véron derrière les ailes du Moulin-Rouge. La terrasse qu'il y partage avec Boris Vian devient rapidement l'un des hauts lieux de la pataphysique. Dans l'oeuvre multiple de Prévert – théâtre, poésie, littérature, cinéma, chanson, collage... – la capitale est omniprésente, même quand les intrigues se déroulent ailleurs. Le Paris que nous montre Prévert, fortement marqué par un héritage surréaliste et cinématographique, met en avant l'humain, le quotidien des petites gens. La parole des titis parigots y est singulière et en perpétuel bouillonnement, fraîche, salvatrice et roborative. Il faut emprunter des chemins de traverse pour suivre les déambulations de Prévert dans Paris. Ce sont d'abord les alentours du jardin du Luxembourg que l'enfant explore inlassablement, tandis que sa famille change souvent de domicile tout en restant dans le même quartier. Aux jeunes années succède le nomadisme de la fleur de l'âge qui conduit le poète du phalanstère surréaliste de la rue du Château à Saint-Germain-des-Prés puis à Montmartre, cité Véron, à l'ombre des ailes du Moulin-Rouge. Mais, autant sinon davantage que dans la vie, c'est dans l'oeuvre qu'est manifeste la présence de la Ville lumière et de son inévitable part d'ombre. Au théâtre, au cinéma ou dans ses livres, Prévert y loge ses personnages comme si la capitale offrait un cadre intime, tendre ou tragique au quotidien des petites gens. Paris est tout petit, c'est là sa vraie grandeur. Et aussi sa vraie fraîcheur quand, au détour d'une rue, fuse sans prévenir la réplique gouailleuse et salvatrice d'un enfant du pavé.