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couverture de : Lomax
Résumé : Roulant sans relâche sur les routes du Mississippi des années 1930, un père et son fils ont passé des heures et des heures à enregistrer les chanteurs et musiciens Noirs afin de sauvegarder leurs chansons. Ils s'appelaient John et Alan Lomax. Ils étaient mandatés par la Bibliothèque du Congrès de Washington et se baladaient avec leur matériel d'enregistrement, qui allait leur permettre de fixer pour les générations suivantes le témoignage irremplaçable d'une certaine Amérique qui aurait sinon sombré dans l'oubli. Cette bande dessinée, sobrement intitulée Lomax, retrace les pérégrinations de ces deux hommes passionnés par la musique populaire de leur pays. L'un commence à être âgé, tandis que l'autre, à dix-huit ans, comprend enfin qu'il a trouvé un but à son existence : ? préserver le passé avant qu'il disparaisse à jamais ?. Frantz Duchazeau avait déjà signé, chez Sarbacane, une biographie imaginaire d'un bluesman tout aussi imaginaire nommé Meteor Slim. Son dessin en roir et blanc, son trait charbonneux et son empathie pour les personnages qu'il met en scène servent à merveille son propos, tout en passion rentrée et en sobriété. Le lecteur croise, au fil du récit, quelques figures du blues comme Leadbelly, Son House ou Buddy King. Il s'immerge dans une réalité qui n'était pas facile à vivre tous les jours, celle du Sud profond des champs de coton, ancienne terre d'esclavage sur laquelle les Noirs étaient encore considérés comme des citoyens de second rang. Certaines scènes de l'album montrent que le racisme faisait partie du décor quotidien, un racisme que les Noirs eux-mêmes avaient fini par intégrer - à un moment, l'un d'eux s'étonne d'être en train de ? parler musique avec un étudiant en philosophie et son père ?, avant d'ajouter : ? je ne pensais pas que quelque chose comme ça pouvait m'arriver ?. La préface de Sébastien Danchin, grand spécialiste des Etats-Unis, du Sud et de la musique populaire américaine (on lui doit quelques livres consacrés à Memphis, à Elvis ou encore à B.B. King), resitue l'album dans son contexte historique. Celui d'une région riche d'un terreau musical passionnant et ancestral, où les chants du blues servent à oublier la dureté du travail quotidien. L'un des personnages de l'album s'étonne d'ailleurs de la volonté des Lomax d'enregistrer ses chansons et s'interroge sur l'utilité de leur entreprise : ? Mais ça sert à quoi exactement de faire tout ça ? Nous, nous chantons pour diriger notre travail, ça nous donne un rythme et du courage, c'est tout ?. Ce à quoi Alan répond qu'il est essentiel, à leurs yeux, de préserver ce patrimoine sonore, ce que personne ne regrette bien évidemment aujourd'hui. Duchazeau réussit à nous intéresser sans se montrer didactique. Les personnalités de Lomax père et fils, confrontées à celles de tous ces musiciens qu'ils rencontrent, dresse le portrait passionnant et émouvant d'une certaine Amérique. Et, comme le rappelle Sébastien Danchin, le travail mené par John et Alan Lomax a nourri ? l'éclosion du mouvement folk sur lequel se bâtira tout un pan de la révolution rock. A ce jour, Bob Dylan et Bruce Springsteen se revendiquent ouvertement comme des fils spirituels d'Alan Lomax ?.
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