Résumé : La peinture flamande du Xve siècle est le témoin d'une révolution dans les esprits : les hommes de l'époque découvrent que la vie sur terre mérite en soi d'être observée et représentée. Or montrer le monde tel qu'on le voit, c'est le montrer dans son individualité : celle des objets, des paysages, des animaux et - plus que tout - des hommes. Les personnages des tableaux ne sont plus réductibles à des schémas, agissant à la manière des signes, ce sont des hommes et des femmes qu'on pourrait rencontrer en sortant de chez soi. On assiste alors à une humanisation du divin - Jésus et les saints commencent à ressembler à des hommes ordinaires - et à un éloge de l'humain, puisque les individus sont désormais peints pour eux-mêmes, et non pour illustrer une leçon pieuse. Par là se transforme aussi l'idée de la beauté : elle n'est plus éternelle, partout égale à elle-même, mais réside en chaque chose, en chaque personne, dans son inimitable singularité. Nous entrons dans l'ère de l'individu. Pourquoi et comment cette mutation s'est elle produite ? Tzvetan Todorov apporte les éléments de réponse dans cet ouvrage richement illustré (plus de cent images en couleur, la plupart en pleine page). Il rappelle la préhistoire du portrait individuel en Egypte, en Grèce et à Rome, retrace l'épanouissement de l'enluminure aux XIVe et XVe siècles en France et au duché de Bourgogne, reconstitue le contexte théologique, philosophique et social dans lequel vivent les peintres et leurs clients. Il analyse l'art des grands pionniers Robert Campin et Jan van Eyck, celui de leurs disciples Rogier van der Weyden et Petrus Christus, Hugo van der Goes et Hans Memling. Enfin le livre évoque la confrontation entre art flamand et art italien, qui aboutit à la brillante synthèse d'Antonello de Messine.