Résumé : Où commence, où s'achève l'œuvre de Marguerite Duras ? Quelle matière étreint-elle ? De quelle nature, romanesque, théâtrale, poétique, filmique, est-elle faite ? Il faut tenter de comprendre, de traverser cette parole qui est toujours au bord de se perdre, cette vois qui suffoque, qui soupire, qui souffre, qui dit la lumière du jour, un instant entrevue, et clame néanmoins son désir d'infini, né de cette douleur de la perte irrémédiable du bonheur, car " seul ce qui est perdu est éternel ", ce seul-là qu'elle cherche à rejoindre. On mesure d'ores et déjà la portée de l'évolution de cette œuvre, ce qu'elle détenait pourtant dès Les Impudents, des secrets d'âme dans des mondes délétères, des réverbérations de climats, des touffeurs obsédantes, des lambeaux de mémoire, des cris comme des traces de prière. Fondamentaux et exigeants sont apparus cette tyrannie de l'écriture, ce labeur auquel Marguerite Duras s'était donnée, comme ces victimes des mythologies, restaurant par là même la dignité de la fonction d'écrivain et la vraie nature de l'écriture, chercheuse et porteuse de secrets.