Résumé : Si Gauguin vient d'obtenir aux Etats-Unis et en France un triomphe sans précédent avec la première rétrospective de son oeuvre depuis celle de son centenaire en 1949, s'il est enfin reconnu comme un père fondateur de l'art moderne, maître de Matisse et de Picasso, sa biographie reste à bien des égards celle d'un maudit. Ce n'est guère que depuis un quart de siècle qu'on a commencé à la reconstituer avec soin, en substituant à des légendes toujours réductrices des réalités longtemps méconnues ou refusées. "Rarement, écrit Pierre Daix, la dissociation entre les circonstances matérielles d'une vie et la création atteint une pareille importance". A la lumière de ces recherches nouvelles, un Gauguin différent surgit, bien au-delà d'un impressionniste du dimanche : le premier professionnel de la modernité. Et parce qu'il a gardé de sa petite enfance au Pérou, dans la famille de Flora Tristan, la nostalgie de l'ailleurs et le sentiment de rester un sauvage, son art va faire de lui le père du primitivisme du XXe siècle. Au milieu des pires déboires, dans la pauvreté et la solitude la plus extrême, Gauguin avance, "rouvrant le chemin vers une authenticité perdue, une authenticité qu'il conçoit comme universelle". La Bretagne, Paris, Arles, Panama, Tahiti, ne sont pour lui des des lieux d'exil. Un bouleversant parcours où le mot exotisme prend un sens qu'on n'attendait pas.