Résumé : C'est en historienne qu'Yvonne Knibiehler analyse ici la généalogie de la paternité en Europe occidentale : au gré des âges, les trois principales composantes de la puissance paternelle -fonction biologique de la reproduction ; fonction psychologique de la relation éducative ; fonction sociale de la transmission du patrimoine- s'articulent en effet de manière différente. Si la transmission des biens caractérise la paternité coutumière de la société d'Ancien Régime, par-delà les différences d'ordres et de castes, l'amour paternel émerge à côté de l'autorité avec le tournant des Lumières -emblématisé par l'Émile-, qui marque le passage symbolique à la paternité individuelle. Progressivement mise en péril au cours du XIXe siècle, l'institution patriarcale doit composer de nos jours avec de nouveaux partenaires (féminisme, État et science) qui contribuent à la fragiliser et à la remodeler. Au fond, de la Médée d'Euripide à la fécondation in vitro, c'est toute l'histoire des rapports complexes entretenus par l'homme avec le petit d'homme qui est ici brillamment retracée.