Résumé : Max Jacob était aussi un admirable metteur en scène de lui-même. Tout lui était matière d'art. Je retrouve partout dans le moindre de ses écrits son ton de voix, son geste, son clin d'œil, comme dans les historiettes qu'il racontait avec tant de malice. Il démodait tout au fur et à mesure, expliquait tout, renvoyait la bêtise d'un mot, d'un trait, d'une chiquenaude, comme il aurait chassé un grain de tabac égaré sur le jabot qu'il n'avait pas. Et il parlait de Dieu auquel il croyait si fort avec des larmes. Ce qui ne l'empêchait pas, avec les bras levés d'un personnage de Daumier, de s'écrier en montrant le ciel : " C'est à n'y pas croire ! ". Et d'ajouter un instant plus tard : " Ah ! s'il n'y avait pas l'enfer ! ". C'est l'enfer qui lui faisait donner tant de licence à " cette maudite langue " comme on le verra bien d'un bout à l'autre de ce Cabinet noir, chef-d'œuvre de la satire. Dans ce recueil de lettres plus ou moins imaginaires suivies de commentaires, Max Jacob trace un portrait satirique de la société en général, de la vie de province, de sa bourgeoisie parfois sordide. Mais la dernière lettre est la bulle d'un pape du IX? siècle, ce qui lui permet de parler de l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire, où la gestapo vint l'arrêter.