Résumé : ? Joy To The World ? est un standard anglo-saxon de cette période de Noël néfaste aux dindes, et au cours de laquelle règne un bonhomme ventripotent et rougeaud, mais ne figure pas au sommaire de l'album Joy To The World, ce qui n'empêche pas ce dernier d'être un recueil de circonstance, édité à une période de l'année qui lui permet, de facto, de griller toute la concurrence. En fait, Pink Martini a appliqué ses recettes, validées par plusieurs millions de disques vendus de par le monde, à cette sélection, enregistrée dans l'Oregon : invités en pagaille, et foultitude d'idiomes utilisés. Mieux encore, le groupe du pianiste Thomas Lauderlade, conscient que le caractère, certes ocuménique, de l'entreprise, allait laisser sur le bord de la route des milliards de gens qui se soucient de la nativité du Christ comme d'une guigne, s'est attaché à y inclure des refrains célébrant tout simplement la famille, ou le printemps, ou l'union entre les peuples, ou les trois à la fois. Ainsi, la japonaise Saori Yuki vient nous gratifier dans sa langue natale d'une visite de ? White Christmas ?. Une célébration de l'alouette (qui, parfois fait le printemps) dans ? Shchedryk ? fait la part belle à des clochettes, en ukrainien dans le texte. Se succèdent par la suite hébreu, chinois, ladino (synthèse d'espagnol et d'hébreu), ainsi qu'une invraisemblable version de ? Silent Night ?, mêlant allemand, arabe, et anglais. On s'arrêtera également avec profit sur une évocation des Rois Mages, pour laquelle les rythmes tentent de réinjecter un peu du groove démoniaque (hum..) de Fela Kuti, empereur de l'afro-beat. Le summum étant vraisemblablement atteint par ? Auld Lang Syne ? (? Ce n'est qu'un au revoir ?), susurré sur une rythmique d'école de samba, et qui provoque instantanément la nostalgie des plages de Copacabana, et des jeunes filles court vêtues qui s'y prélassent. Á chaque instant, le grand petit orchestre (ils sont douze instrumentistes, rappelons-le) Pink Martini rutile des feux discrets d'un jazz cool, d'une world-music raisonnable, ici parfaite conjonction d'un banquet de fin d'année réussi. Et leur interprétation pleine de sens et de sensibilité de ? Little Drummer Boy ? (pourtant à hérédité chargée, depuis Nana Mouskouri) peut même, l'espace de quelques mesures, laisser accroire aux miracles.